28/12/2011
_Anthopology 101_
Anthopology 101 : Reflections, inspections and dissections of SF anthologies : Bud Webster : 2010 : The Merry Blacksmith Press : ISBN-13 978-14535-003-2 : 328 pages (y compris index) : coûte 20 USD pour un TP non illustré, probablement disponible chez l'éditeur (www.merryblacksmith.com).

Malgré le fait que les anthologies (qu'elles soient originales ou constituées de reprises) constituent un des éléments centraux du genre, leur étude a toujours été un domaine relativement peu exploré. En effet, il existe très peu d'outils bibliographiques spécifiques (si l'on excepte le désastreux Science fiction story index 1950-1968 de Siemon) et encore moins d'analyses critiques et historiques de leur contenu. C'est donc ce manque que Bud Webster (auteur d'un petit nombre de nouvelles parues principalement dans Analog) a entrepris de combler dans cet ouvrage.

Pour ce faire, il a donc rassemblé dans ce recueil une partie des chroniques de sa série "Anthopology 101" parues initialement dans le SFWA Bulletin (l'organe de la principale association d'auteurs de SF&F). Composé d'une vingtaine de ces essais d'une dizaine de pages chacun (sauf celui sur Conklin qui est nettement plus long), cet ouvrage suit un canevas relativement standardisé. Pour chaque thème choisi, qu'il soit une série d'anthologies (les Star de Pohl), un anthologiste (Harrison ou Moskowitz), un éditeur (Ace), l'auteur nous explique la genèse des livres étudiés, les situe dans le contexte SF et culturel de l'époque, en détaille le contenu et en donne une évaluation critique. Une liste de titres "de base" et un index clôturent le recueil.

En s'attaquant à un sujet aussi peu défriché, l'auteur fait oeuvre de pionnier. Pourtant la place importante des anthologies comme points d'entrée dans le genre n'est plus à démontrer (on pensera à l'influence majeure de la GASF en France). C'est donc à l'analyse d'un facteur majeur de l'histoire de la SF que nous convie Webster. Son discours est d'autant plus intéressant qu'il est appuyé par des recherches poussées (souvent auprès des anthologistes eux-mêmes) dont les résultats sont parfaitement restituées et clairement placés dans le contexte historique.

D'une lecture agréable, d'une grande érudition et parfois très riche en détails inédits, on pourra quand même reprocher à cet ouvrage un certain nombre de points gênants. Tout d'abord, la structure de parution initiale des essais (sous forme d'une rubrique régulière dans un magazine) fait qu'il arrive que l'auteur se répète souvent d'un texte à l'autre (comme quand il nous raconte sa découverte de ses premières anthologies SF dans les rayons d'une bibliothèque). Ensuite, l'abus de notes humoristiques de bas de page et le ton parfois un peu trop léger peuvent parfois irriter. Quoi qu'il en soit, ce recueil est un premier pas (même si Ashley le recoupe un peu dans ses derniers volumes consacrés aux magazines) dans l'exploration d'un pan de l'histoire du genre resté encore peu étudié. A ce titre, il appelle d'autres travaux peut-être plus construits.

Note GHOR : 2 étoiles
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03/11/2011
_Science Fiction fandom_
Science Fiction fandom : Joe Sanders (editor) : 1994 : Greenwood Press (série "Contributions to the study of SF & F" #62) : ISBN-10 0-313-23380-2 : xii+293 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 55 USD pour un HC sans jaquette qui se trouve assez peu souvent en occase.

Une fois l'intérêt académique sur la SF éveillé et après un travail sur les textes eux-mêmes, il était normal que le sujet des acteurs du genre soit abordé. La communauté des fans formant un ensemble à la fois structuré et suffisamment "visible" (parfois aux limites du ridicule), elle fournissait un parfait sujet d'étude. Ceci conduira à des ouvrages comme ceux de Jenkins, Bacon-Smith ou Torres (ce dernier étant en VF). Ce recueil d'essais visant à cartographier le fandom est lui le fruit d'une démarche que l'on pourrait qualifier de plus "interne" puisque la majorité des intervenants sont issus du milieu. On y trouve des fans (Moskowitz, Warner, les Trimble, Thomas), des pros (Lupoff, Busby, Gaughan) et des enseignants associés depuis longtemps au genre (Letson, Sanders).

Ce livre comporte vingt-six essais de taille très variable (de trente à moins de dix pages) qui sont regroupé en six parties inégales. La première (2 essais) introduit brièvement le fandom. Elle est suivie par une longue section (presque 100 pages) logiquement consacrée au fandom US sous l'angle historique. La troisième traite des autres fandoms nationaux (britannique, français, européen, chinois et japonais). On trouve ensuite trois essais sociologiques sur les structures existantes (clubs, conventions). L'avant-dernière partie essaie de prendre un peu de hauteur en explorant l'influence du fandom sur le monde de la SF professionnelle. L'ouvrage se termine par une partie bibliographique commentée et l'inévitable glossaire des expressions faniques.

On regrettera tout d'abord que certains des essais soient proches de la caricature et mettent plus en exergue les travers du microcosme que ses qualités. Par exemple, le texte sur le fandom français est un condensé type des habituels reproches que l'on peut lui faire : manque de recul, personnalisation à outrance (on a droit à la liste des BNFF avec leur profession), vision partisane de la scène fanzinesque avec par exemple l'existence de Yellow Submarine complètement passée sous silence alors que les mentions relatives à A&A (fanzine auquel l'auteur était assez lié) pullulent, attaques gratuites sur des concurrents (SFère ou Vopaliec stigmatisés comme "benchmarks of awfulness") ou des manifestations organisées par les "ennemis" (la fameuse convention de Paris en 1988) [pour préciser les choses, j'ai collaboré à YS ET A&A et j'ai un peu aidé pour la convention évoquée]. Un texte tellement tendancieux que l'on comprend mieux la mauvaise image du fandom qui semble parfois plus occupé à régler des comptes ou à dominer le marigot qu'à agir pour le genre.

Malgré ces quelques fausses notes, l'amateur se trouvera en pays de connaissance et pourra dénicher quelques informations ou témoignages pertinents, voire trouver quelques pistes pratiques (comme l'article sur l'organisation d'une convention). Toutefois, il est clair que, pour un fan relativement informé, l'ensemble reste très classique (voire archi-connu) et s'apparente plus à une sorte de synthèse d'ouvrages existants (l'histoire du fandom de Warner ou d'autres, les guides pour collectionneurs, les études sociologiques évoquées plus haut, etc.) qu'à une oeuvre vraiment approfondie et novatrice.

Note GHOR : 2 étoiles
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31/10/2011
_Science Fiction culture_
Science Fiction culture : Camille Bacon-Smith : 2000 : University of Pennsylvania Press : ISBN-10 0-8122-1530-3 : 316 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 25 USD pour un TP non illustré, existe aussi en HC (3223-2).

Ce livre est écrit par Camille Bacon-Smith, une docteur es folklore de l'université de Pennsylvanie (qui est aussi l'éditeur de cet ouvrage) et aussi auteur de plusieurs livres de fiction tendance fantastique urbain. A ces divers titres elle a été amenée à s'intéresser au milieu des fans de SF et en a tirer deux ouvrages théoriques dont celui-ci est le plus récent. Son propos est d'y montrer quels sont les rapports entre le fandom et les structures qui produisent (auteurs), publient (éditeurs) ou exploitent le genre. Elle souhaite souligner l'ambivalence de ces interactions, entre les images d'Epinal d'une consommation passive et d'une rébellion contre le système.

Le livre s'articule en trois parties principales de taille inégale. La première ("Creating the Landscape") explique comment s'est créé le paysage dans lequel évolue le fandom en détaillant sa hiérarchisation (de fan de base à SMOF), ses grands messes (les Worldcons) et ses réseaux de communication (avec l'arrivée d'Internet). La deuxième ("New groups changes the face of genre") montre comment ces structures ont permis à certains sous-groupes, qu'ils soient caractérisés par un genre, une orientation sexuelle ou un centre d'intérêt précis, de pouvoir "prendre la parole" et participer au dialogue général qui "guide" (ou tente de guider) l'évolution de la SFF. La dernière partie ("It all comes together in the fiction") analyse comment la production de SF est justement influencée par tous ces acteurs, leurs stratégies et leurs agendas. Le livre se termine par un ensemble de notes copieux (30 pages), une bibliographie et un index.

Un des paradoxes de ce livre est que son mode de construction qui fait une très large place à l'immersion et au contact direct avec les acteurs du genre (une partie importante de l'ensemble se présente sous forme d'interviews ou de dialogues) se révèle en fait préjudiciable à la qualité de l'analyse. On pourrait presque penser que Camille Bacon-Smith a tellement collecté d'information qu'elle ne peut résister au plaisir de nous les faire partager. Cela nous vaut par exemple des plongées dans la vie intime de certaines associations de SF (ici la NESFA) qui sont très riches et qui rappelleront bien des choses à qui a un jour participé à l'organisation d'une quelconque manifestation. De la même façon, certains chapitres de la troisième partie consacrés aux mécanismes du marché de la SF littéraire sont passionnants.

Toutefois cette telle densité d'information (avec en plus une police utilisée plutôt petite) donne parfois l'impression d'un manque de plan d'ensemble. A la différence d'un Jenkins (Textual poachers), il est clair que l'auteur nous montre bien la "culture" SF dans son fonctionnement et ses évolutions mais est moins prolixe sur les enseignements que l'on peut tirer de l'existence d'une telle structure qui est presque sans égale. Au final un livre fourmillant d'infos, presque journalistique dans sa description de certaines franges du genre (le fandom gay et lesbien, la fraction cyber, les féministes, etc.) mais qui peine à synthétiser tout cela.

Note GHOR : 2 étoiles
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15/10/2011
_British Science Fiction and Fantasy : Twenty Years, Two Surveys_
British Science Fiction and Fantasy : Twenty Years, Two Surveys : Paul KINCAID & Niall HARRISON : 2010 : BSFA : ISBN-13 978-0-9558662-1 : 207 pages (pas d'index) : coûte 7.99GBP pour un TP non illustré qui semble pouvoir être commandé sur le site de l'association (www.bsfa.co.uk).

Edité par la BSFA (principale association de fans de SF britannique), cet ouvrage est basé une idée simple mais originale. Il s'agit de comparer les réponses à deux questionnaires envoyés à vingt ans d'intervalle aux écrivains du Royaume-Uni. Pour ce faire ont donc été mis en parallèle les données issues d'un questionnaire réalisé en 1989 (pour la convention Mexicon) et d'un autre réalisé directement par la BSFA en 2009. La liste des écrivains ayant répondu aux 11 questions atteint les 120 noms (de Joe Abercrombie à Neil Williamson) en sachant que certains, actifs durant toute la période, ont participé aux deux enquêtes.

Après quelques pages d'introduction qui rappellent le contexte, le livre se divise naturellement en 11 chapitres qui correspondent chacun à une des questions posées, de "Vous considérez-vous comme un écrivain de SF/Fantasy ?" à "Quels ont été les développements marquants dans la SFF britannique sur les vingt dernières années ?" (question bien évidemment posée uniquement en 2009). Les réponses sont abordées dans l'ordre chronologique et sont mises en forme (mais bâties sur de larges passages en verbatim) par Kincaid et Harrison. L'ouvrage, qui ne comporte pas d'index, se termine par une liste commentée des contributeurs qui permet de les situer dans le paysage de la SFF britannique.

Même s'il est forcément synthétique puisque le lecteur n'a pas accès (et loin de là) à l'intégralité des réponses, cet ouvrage fournit une excellente base pour comprendre et analyser l'état et l'évolution de la SF britannique au cours de ces deux décennies écoulées. On peut y découvrir comment les grands du domaine (Aldiss, Banks, Christopher, Clute, McAuley, MacLeod, Stross, etc.) ont vécu les changements du genre, mais aussi comparer leur ressenti avec celui des "petits nouveaux" (Ballantyne, Beckett, Miéville, Morgan, etc.).

Un des autres atouts de cet ouvrage est, paradoxalement, son côté "provincial" puisqu'une partie non négligeable des questions porte sur les rapports entre la SF US et la SF GB et sur l'existence (ou non) de différences entre les deux continents vu que la plupart des répondants ont été publiés des deux côtés de l'Atlantique. On pourra assez aisément faire le lien avec les idées développées par Ruddick dans son Ultimate island (voir http://ghor.hautetfort.com/archive/2009/01/06/ultimate-is...). C'est cette mise en perspective qui pourra aussi être intéressante pour l'amateur francophone, les rapports SF GB/SF US faisant clairement écho aux rapports SFF/SF US. Au final deux photographies détaillées de la scène SFF britannique et dont la comparaison faite par Kincaid et Harrison est très enrichissante même si elle est sans doute à creuser.

Note GHOR : 2 étoiles
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14/05/2011
_Who killed Science Fiction ?_
Who killed Science Fiction ? Compleat & Unexpurgated : Earl KEMP : 2011 : The Merry Blacksmith Press : ISBN-13 978-0-615441030 : iii+229 pages (y compris index) : coûte 14 USD pour un TP illustré en N&B, disponible chez l'éditeur (http://www.merryblacksmith.com/bookpages/wksf.html).

Il ne faut pas se laisser abuser par la date de parution de cet ouvrage car elle est trompeuse. En effet, c'est en 1960 que Earl Kemp, un fan notable et l'un des créateurs de Advent, a posé à une centaine d'acteurs majeurs du genre (auteurs, rédacteurs en chef, éditeurs, BNF) quatre questions tournant autour de la mort supposée de la Science Fiction. Leurs réponses furent rassemblées dans le fanzine SaFari Annual #1, un numéro unique à tirage limité car émanant d'une APA, qui vaudra à Kemp un Hugo en 1961. C'est cet ouvrage, augmenté d'une certaine quantité de matériaux accumulée au fil des ans (en particulier pour la réédition avortée de 1980) que The Merry Blacksmith Press a choisi de ressortir en 2011 sous le format POD (Print On Demand).

En matière de contenu, ce livre débute par plusieurs "couches" d'introductions et préfaces qui correspondent aux diverses dates de parution successives de l'ouvrage (2011, 2006, 1960). Cette partie est suivie par le "gros" du livre, à savoir les réponses au questionnaire original de Kemp. Allant du lapidaire (Campbell) à de véritables essais de plusieurs pages (McLaughlin) elles sont organisées par ordre alphabétique d'auteur et sont illustrées de couvertures de livres ou de magazines. Cette partie est suivie par les réactions des auteurs en 1960 et par une deuxième série de réponses à des questions approchantes mais cette fois-ci posées en 1980 (à noter qu'elle est nettement plus courte). Le livre se termine par une postface de 1980 et un index (titres et personnes).

Même s'il est un peu confus dans son plan (cf. l'empilement des préfaces) et dans sa présentation (il arrive que l'on trouve deux textes en parallèle sur plusieurs pages), cet ouvrage constitue un témoignage historique de première importance. Situé à un moment charnière de l'histoire de la Science-Fiction où les magazines perdent leur prééminence au profit des livres (initialement les poches), il restitue bien l'état d'esprit des praticiens du genre à ce moment précis. Un sentiment que l'on peut aussi percevoir dans les textes rassemblés dans le PITFCS de Cogswell.

Le spectre des réactions face à un thème (la mort de la SF) qui était déjà un marronnier à l'époque est fascinant à la fois par la lecture des opinions exprimées par les auteurs mais aussi parfois par les sous-entendus et allusions voilés qu'une lecture attentive peut permettre de déceler. C'est d'ailleurs peut-être sur ce point que l'ouvrage peut pêcher en ce sens qu'il n'offre aucune contextualisation du cadre des diverses époques (1960 et 1980) mais aussi qu'il ne précise absolument pas à quel titre parlent ceux qui ont répondu au questionnaire. Tout cela nécessite donc un sérieux bagage en matière d'histoire du genre pour placer sur l'échiquier de la SF des gens comme Ray Russell ou même Robert Lowndes. Au final un ouvrage très révélateur mais à réserver à des lecteurs intéressés par et au fait de l'histoire de la Science-Fiction américaine.

Note GHOR : 2 étoiles
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